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Vincent Florens : "Maurice doit poursuivre ses efforts de conservation des espèces"

Written by Camille Gilles Modified on the

  • Vincent Florens

Vincent Florens est Professeur associé d'écologie à l'Université de Maurice. Il a récemment écrit un courrier à la revue internationale Science pour alerter la communauté scientifique de la menace pesant sur l'une des dernières espèces de chauve-souris de Maurice.

Pouvez-vous nous résumer la situation ?

Vincent Florens : A l'origine, il existait trois espèces de chauve-souris frugivores (roussettes) à Maurice. La seule restante est classée en danger d’extinction (niveau EN) par l’IUCN depuis 2008, car son habitat naturel est très largement détruit et que les rares lambeaux d’habitat indigènes restant (5 % de l’île) continuent à se dégrader sous l’assaut d'espèces exotiques envahissantes. De surcroît, cette roussette est très sensible aux cyclones.

Je crains que le gouvernement mauricien, sous la pression des producteurs de fruits, finisse par accepter l'abattage de cette espèce, en enlevant à la roussette son statut d'espèce protégée, et en demandant à l'IUCN de réviser son statut. Il s’agit en toute urgence d’injecter dans le débat une dose minimum de transparence et d’objectivité scientifique pour ne pas arriver à une situation qui n’avantagera ni la biodiversité, ni même les producteurs de fruits.

Que peuvent faire les producteurs de fruits pour se protéger de cette chauve-souris ?

V. F. : Placer des filets de protection sur les arbres protégera les fruits, des chauves-souris durant la nuit, mais aussi de plusieurs espèces d’oiseaux (perroquets, martins etc.) durant la journée. Il est important aussi pour les producteurs d'adopter des pratiques culturales adaptées, comme tailler les arbres pour les garder à taille optimale, ce qui minimise les attaques de chauve-souris, facilite les récoltes, réduit les coûts et autres risques (accidents, chutes..) associés aux récoltes, ainsi que les pertes en fruits.

Selon vous, peut-on concilier agriculture et préservation de la biodiversité ?

V. F. : Absolument, c’est même une nécessité. Nous dépendons de la biodiversité. Elle apporte un appui indéniable à l’agriculture. Par exemple, un grand nombre d’insectes pollinisent bien des fruits et légumes, ou encore un écosystème forestier joue un rôle crucial dans le renflouement des réserves en eau, si importante à la survie même de l'agriculture. Il s'agit d'adopter une vision suffisamment globale sur le long terme et non le court terme pour concilier les deux.

Pouvez-vous nous rappeler la richesse en biodiversité de Maurice et le nombre d'espèces actuellement en danger ?

V. F. : Des 691 espèces de plantes à fleurs indigènes (angiospermes), une soixantaine ont déjà été exterminées, et on estime à 80 % le taux d’espèces restantes menacées d`extinction si on applique les critères de l’IUCN (c’est à dire dans les catégories VU, EN, CR ou EW). Des 48 espèces de vertébrés terrestres de l'île au départ, 21 sont déjà éteintes et la quasi-totalité des survivantes est menacée. Tout ceci n’est guère étonnant puisque 95 % des habitats naturels de l'île ont disparu. Il paraît donc primordial de conserver la biodiversité qui nous reste encore.

 

Source : « Going to Bat for an Endangered Species », Science - 1er juin 

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