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Sonia Vanderhoeven : "Les espèces invasives ne connaissent pas de frontières"

Written by David JOSSEROND Modified on the

  • Sonia Vanderhoeven

A l'instar de la Réunion, la Belgique doit faire face à un nombre croissant d’espèces exotiques aux effets nuisibles pour l’environnement. Aussi, pour aider les gestionnaires de terrain et les responsables politiques belges dans l’identification de ces espèces, a été imaginé un système d’information sur les espèces invasives, baptisé Harmonia. Véritable outil d’aide à la décision, Harmonia a été développé à l’initiative de scientifiques du Forum Belge sur les Espèces Invasives (http://ias.biodiversity.be) qu'anime Sonia Vanderhoeven, chercheur au sein de la plate-forme belge pour la biodiversité (www.biodiversity.be). 

Qu’appelle-t-on une "espèce exotique envahissante" ?

- Les espèces exotiques envahissantes (ou espèces invasives) sont des espèces qui ont été transportées par l'homme en dehors de leur aire de distribution naturelle, dans un nouveau territoire et ce de manière volontaire ou accidentelle. Elles se sont ensuite mises à proliférer dans ce nouveau territoire au détriment de la flore et de la faune indigènes. Les espèces exotiques envahissantes posent de ce fait un certain nombre de problèmes environnementaux, mais également pour certaines d'entre elles, des problèmes phytosanitaires, pour la santé animale et la santé publique.

Comment fonctionne le système d'information "Harmonia" que vous avez imaginé en Belgique pour y faire face ?

- Harmonia est un système d'information sur les espèces invasives à destination des gestionnaires de terrain et des décideurs politiques, pour les aider notamment à prioriser leurs actions et proposer des mesures de prévention ou d'atténuation. Pour ce faire, Harmonia repose sur un protocole d'évaluation standardisé (ISEIA) conçu pour être applicable à n'importe quel type d’organisme et rendre transparent et reproductible le processus d'évaluation et de classification des espèces invasives (http://ias.biodiversity.be/documents/ISEIA_protocol.pdf). Se basant sur une analyse de la littérature scientifique réalisée par un panel d'experts, ce protocole permet ainsi de lister et de classer les espèces exotiques envahissantes selon deux critères : leur impact environnemental (faible, moyen, élevé) et leur aire de distribution (population absente, isolée, restreinte, répandue).

Comment toutefois selon vous mettre en place sur le terrain une véritable gestion intégrée des espèces invasives, prenant notamment en compte les attentes des différents acteurs ?

- Il s'agit selon moi de travailler sur une base commune de priorisation. L'évaluation du risque permet de définir des listes d'espèces en fonction de la répartition sur le territoire et du niveau d'impact potentiel. Sur la base de ces différentes listes d'espèces, il est alors possible de se fixer des objectifs de gestion tangibles. J'entends par là qu'il faudra par exemple opter pour de la prévention et de la détection précoce pour les espèces encore peu présentes ou absentes du territoire, de l'éradication quand les impacts sont sévères mais que les populations sont encore faiblement distribuées ou encore du confinement pour les espèces problématiques déjà largement présentes mais ayant encore peu envahi les milieux d'intérêt biologique. En quelque sorte, notre démarche vise à digérer l'information scientifique et à la restituer sous forme d'un contenu qui permette une prise de décision de la part des gestionnaires. Il me semble également important que cette évaluation se fasse de manière neutre et indépendante des différents acteurs impliqués dans la problématique. Ce n'est qu'au cours de la phase ultérieure, celle de la mise en œuvre des actions de gestion, que la concertation avec les différentes parties prenantes s'avère primordiale.

Cette concertation entre les différents acteurs s'étend d'ailleurs souvent à plusieurs pays ?

- Le protocole ISIEA considère en effet une espèce exotique comme susceptible de causer des impacts sur les espèces indigènes et les écosystèmes en Belgique si elle a auparavant déjà posé des problèmes dans des pays voisins présentant des conditions environnementales similaires. La problématique des espèces invasives ne peut être uniquement abordée de manière locale. Ces espèces ne connaissent pas les frontières et ne s'y arrêtent donc pas. On retrouve ainsi les mêmes espèces invasives dans les mêmes habitats dans différents pays. Travailler à l'échelle d'une bio-région, regroupant dans notre cas des territoires de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas, de l'Allemagne et de la France, nous permet donc une mutualisation des moyens et un échange des bonnes pratiques. Une telle collaboration existe, il me semble, entre les îles du sud de l'océan Indien. On est toujours plus forts à plusieurs !

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