Arboriculture à la Réunion
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Mouches des fruits : populations sous surveillance

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  • Femelle de Bactrocera zonata en train de pondre.

Populations sous haute surveillance

Dès la première observation de Bactrocera zonata à la Réunion en 1991, tous les partenaires du Cirad (SPV, FDGDON, Chambre d’Agriculture) se sont associés pour créer un réseau d’observation quadrillant l’île sur une quarantaine de sites, sur lesquels étaient disposés des pièges sexuels (les mâles de B. zonata répondent très fortement à un composé chimique, le méthyl-eugénol).
Ces techniques de piègeage, pour suivre l’évolution des populations, ont été progressivement améliorées par le Cirad dès les années 80. A l’époque, les recherches s’étaient attachées à parfaire les connaissances sur l’écologie et le comportement des différentes espèces de mouches : spectre de plantes-hôtes, évolution des populations, comportement sexuel et communication phéromonale, réponses aux attractifs, relations insecte-plante et comportement de ponte,… Ces travaux ont notamment abouti au développement d’une  méthode de lutte raisonnée utilisable en vergers, aujourd’hui perfectionnée grâce aux nouvelles données acquises par le réseau de surveillance des populations.

"Le réseau actuel du Cirad, plus limité, vise à déterminer l’évolution des aires de distribution et de l’équilibre entre les espèces, depuis l’installation de B. zonata. Il comprend 5 sites étagés en altitude tous les 300 mètres (dans l’Est et le Sud), soit au total une trentaine de pièges", explique Serge Quilici, chercheur entomologiste au Cirad à la Réunion. Les résultats de piégeage sont mis en relation avec différentes données (météorologiques, évolution du stade de maturité et abondance des fruits-hôtes), afin d'obtenir des cartes de répartition des populations de mouches sur l’île. Celles-ci montrent qu’en dessous de 700 m d’altitude, on rencontre généralement les trois espèces de mouches de fruits d’importance économique : B. zonata, C. capitata, C. rosa. L’espèce dominante sera fonction de la culture, de l’altitude et des facteurs du climat. B. zonata devient rare au-dessus de 700 m d’altitude, où les dégâts sont surtout dus à C. rosa. Ces données ont permis d’adapter les préconisations de traitement sur les vergers selon leur altitude afin de cibler les espèces présentes.

Que les meilleures gagnent !

Plus récemment, les travaux ont porté sur les compétitions entre espèces de mouches. Une thèse de doctorat (Pierre-François Duyck, 2005) a dévoilé les mécanismes d’invasion biologique mis en jeu à travers cette compétition. Une espèce peut prendre l’avantage sur une autre en fonction des conditions climatiques, de la nature des plantes-hôtes disponibles, mais aussi de ses caractéristiques propres - fécondité, résistance au stress,… - sa capacité à exploiter les ressources et à interagir avec les autres espèces. Il arrive par exemple que les femelles d’une espèce agressent les femelles d’une autre espèce durant la ponte. C’est le cas également des larves partageant un même fruit. Les femelles de B. zonata sont ainsi capables d’éviter les fruits marqués par une phéromone de marquage provenant d’une autre espèce ( C. capitata).

Ces connaissances sur les phénomènes de compétition entre espèces confirment qu’il est indispensable de raisonner la lutte de façon globale. C’est la raison pour laquelle les moyens de lutte sont combinés pour viser l’ensemble des espèces, afin d’éviter d’en favoriser une par rapport à une autre.

Les mouches des fruits (Tephritidae) d’importance économique : petite chronologie de leur 1ère observation à la Réunion et à Maurice

Dans les Mascareignes, une seule espèce endémique : la mouche des Mascareignes, Ceratitis catoirii

Espèce 1ère année d'observation à la Réunion 1ère année d'observation à Maurice Dégâts sur :
Mouches méditéranéenne des fruits ( Ceratitis capitata) 1939 1942 Cultures fruitières
Mouche du Natal ( Ceratitis Rosa) 1955 1953 Cultures fruitières
Mouche de la tomate ( Neoceratitis cyanescens) 1951 1958 Cultures maraîchères (Solanaceae)
Mouche éthiopienne des Cucurbitaceae ( Dacus ciliatus) 1964 1901 Cultures maraîchères
(Cucurbitaceae)
Mouche des Cucurbitaceae de l’océan Indien ( Dacus demmerezi) Début du siècle 1917 Cultures maraîchères
(Cucurbitaceae)
Mouche du melon ( Bactrocera cucurbitae) Avant 1972 1942 Cultures maraîchères
(Cucurbitaceae)
Mouche de la pêche ( Bactrocera zonata) 1991 1986 Cultures fruitières

Les Tephritidae dans le monde, en quelques chiffres :

 

  • Famille des Tephritidae : 4000 espèces
  • 38 % sont frugivores
  • Environ 250 sont considérées comme des ravageurs d’importance économique