Les défis de l’agriculture durable - Contextualisation du projet Germination

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  • Remorque agricole et canne à sucre à La Réunion © Alexandre Reteau

Alors que la démographie mondiale ne cesse d’augmenter, le poids des activités humaines sur l’environnement se fait de plus en plus ressentir. L’agriculture intensive, prônée dès les années 1950, est aujourd’hui décriée en raison de son impact sur nos écosystèmes. Pourtant, le monde agricole n’est pas seul fautif dans cette histoire, il n’est que le reflet de la société qui l’a vu naitre. En ce sens, son indispensable mutation est emblématique de la métamorphose que doit opérer notre société si elle veut surmonter les défis qui l’attendent.

Le principal défi que devra relever l’agriculture durable sera celui de la sécurité alimentaire : nourrir une population humaine avoisinant les 7,2 milliards d’individus, et qui continue inlassablement de croitre. Il s’agira d’être capable de proposer des solutions adaptées à la diversité des particularités locales. En effet, la majeure partie de la production actuelle repose sur un nombre limité d’espèces et de variétés agricoles. Plus de 80% de la production mondiale est issue d’une trentaine d’espèces végétales. Or les conditions ne sont évidemment pas les mêmes que vous soyez à Pluguffan, dans le Finistère sud, ou en plein océan Indien, sur les plateaux de Cilaos. Il est donc surprenant de retrouver les mêmes variétés agricoles, quelles que soient les latitudes, dans des environnements complétements différents.

Ajoutons à cela les phénomènes induits par les changements globaux qui, tel l’aridification des terres ou la modification des climats, risquent d’influer directement sur le rendement des cultures dans de nombreuses régions, voire même sur leur viabilité. Nul doute que ces bouleversements mettront en péril les moyens de subsistance de populations locales.

Le problème de l’alimentation est à la fois d’ordre sanitaire et d’ordre environnemental

Parce que les questions de sécurité alimentaire ne se limitent pas à un « simple » accès aux ressources,[1] les aliments produits doivent être sains, de qualité et diversifiés. Paradoxalement, la part de l’humanité suralimentée est supérieure à la part de l’humanité souffrant de malnutrition. Nous comptons plus d’1,5 milliard de personnes en surpoids contre environ 800 millions de malnutris. Au moins 2,2 milliards de personnes, presque un tiers de la population mondiale, n’ont pas accès à une alimentation convenable.

Le problème de l’alimentation est à la fois d’ordre sanitaire et d’ordre environnemental. L’agriculture durable devra non seulement subvenir aux besoins d’une population toujours plus nombreuse mais aussi proposer des modèles moins contraignants pour l’environnement. Ces modèles devront de surcroit être adaptés à la diversité des conditions locales et présenter une certaine plasticité face aux changements climatiques à venir.

Ce sera à l’agriculture de nous éduquer par l’exemple de sa mutation réussie

Si l’agriculture reconnait devoir changer de paradigme, les mutations à opérer pour pouvoir subvenir durablement aux besoins des populations ne pourront se limiter à son domaine seul. Ce sont nos comportements et nos habitudes qui vont devoir évoluer de pair avec nos systèmes agricoles.  Revient à l’agriculture de montrer qu’il est possible de changer nos modes de production et de consommation, de proposer à l’humanité un nouveau modèle, durable et pérenne, plus respectueux de l’environnement. Ce sera à l’agriculture, régulièrement décriée pour ses effets sur les écosystèmes, de nous éduquer par l’exemple de sa mutation réussie.

C’est dans ce contexte de mutation du modèle de production agricole qu’est né le projet Germination. Son objectif principal est de recenser la biodiversité des espèces à caractère agronomique utilisées et/ou utilisables dans l’océan Indien et d’en organiser la sauvegarde. Que celles-ci fussent oubliées par les populations ou délaissées pour des cultures plus rentables, elles seront recensées et caractérisées afin de pouvoir ensuite en planifier leur conservation et, si possible, leur valorisation. Au travers de ces actions, menées conjointement par différents acteurs de la région océan Indien, le projet Germination entend lutter contre l’érosion de la biodiversité et proposer des solutions en matière de sécurité alimentaire.





Pour aller plus loin :

[1] Selon la FAO, arriver au point de sécurité alimentaire reviendrait à atteindre une période durable durant laquelle « tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires afin de mener une vie saine et active ».

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