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Santé de l’abeille : un état des lieux du varroa en cours dans l’océan Indien

Rédigé par Jaëla Devakarne Modifié le

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  • Apis mellifera unicolor © Cirad - Antoine Franck

Acarien parasite de l’abeille, le Varroa destructor constitue un véritable fléau pour l’apiculture et indirectement pour les écosystèmes naturels et cultivés dans le monde, particulièrement dans les îles du sud-ouest de l’océan Indien.

Entre 2014 et 2015, Maurice, La Réunion et Madagascar, dotées d’une filière apicole structurée, ont fait l’objet d’enquêtes sanitaires leur permettant de bénéficier d’un état des lieux de la présence du parasite au sein des ruches. Bien que les résultats soient encore en cours d'analyse, la mission a déjà permis de renforcer les relations entre les apiculteurs, les chercheurs et les organisations publiques de la région pour une épidémiosurveillance efficace.

Le varroa, une menace pour les abeilles endémiques du sud-ouest de l’océan indien.

Alors qu’une récente étude a révélé que les îles du sud-ouest de l’océan indien abritaient une diversité d’abeilles remarquable[1], une redoutable menace pèse sur ce patrimoine unique depuis l'introduction du varroa à Madagascar et à Maurice. Identifié en 2010 dans la grande île, le Varroa destructor a déjà causé la perte de plus de 60 % des colonies des hauts plateaux de Madagascar[2]. Acarien parasite dont la survie dépend des abeilles, le varroa introduit dans l’océan Indien appartient à la lignée coréenne[3], la plus invasive au monde, notamment en Afrique de l’Est.

Initialement parasite d’une abeille d’origine asiatique capable de lui survivre, il a changé d’hôte pour s’attaquer à  l'abeille de lignée européenne utilisée mondialement en apiculture à partir de laquelle il s’est disséminé dans le monde. Au-delà de l’affaiblissement par prélèvement d'hémolymphe des abeilles qu’il infeste, il véhicule des maladies telles que le virus des ailes déformées (DWV), aggravant ainsi l’état sanitaire des butineuses. Bien que l’origine de son introduction à Madagascar soit inconnue, le varroa s’attaque à l’abeille Apis mellifera unicolor, endémique de la grande île et indigène des îles de l’océan Indien où elle se retrouve à l’état domestique et sauvage. Elle compose la majorité des cheptels d’abeilles utilisés par les apiculteurs de la région et joue un rôle essentiel dans la pollinisation de la flore naturelle et cultivée des îles du sud-ouest de l'Océan indien (SOOI). Afin de réaliser un état des lieux de la présence du Varroa dans la région, une étude a été lancée fin 2014 dans le cadre du projet ePRPV[4], mobilisant les équipes de recherche du Cirad, de l’Université de La Réunion et du Groupement de Défense Sanitaire de La Réunion (GDS).

Enquêtes sanitaires, formations des professionnels et sensibilisation des apiculteurs dans les îles du SOOI

Quatre missions ont été organisées à Maurice, Rodrigues, Madagascar et aux Seychelles afin de caractériser l’état de santé des abeilles de la région. Elles ont permis la réalisation d’enquêtes sanitaires auprès des apiculteurs, mais également de répondre aux problématiques spécifiques rencontrées par les acteurs impliqués sur chacun des territoires. Ainsi, en septembre 2014 dans le cadre du projet ePRPV, Olivier Esnault, vétérinaire au GDS de La Réunion et référent pour le projet Animalrisk[5], s’est rendu d'urgence à Maurice où la présence du varroa était détectée pour la première fois. Cette introduction très récente menacerait l'apiculture mauricienne.

Equipe "Abeille" © Cirad - Jaëla Devakarne
De gauche à droite : Hélène Delatte, Olivier Esnault (vétérinaire au GDS), Johanna Clémencet, Maéva Técher

Pour établir un état des lieux complet, Olivier Esnault a réalisé un échantillonnage sur toute l’île sous la coordination des services vétérinaires et de la division entomologique du Ministère de l’Agro-industrie de l’île. Ces derniers ont été formés à la reconnaissance du Varroa, aux  méthodes de lutte et à communiquer sur le parasite. Enfin une session de vulgarisation a été organisée avec les apiculteurs afin de leur expliquer les tenants de la mission et la marche à suivre pour contribuer à l’épidémiosurveillance du Varroa sur l’île. Une mission a ensuite été organisée à Rodrigues, dont le miel constitue l’une des principales ressources, afin de déterminer si le varroa y avait été introduit. Par chance, le parasite n’y a pas été retrouvé. Avec la collaboration de la Commission de l’Agriculture de Rodrigues, un cortège de mesures a été mis en place dans le but de prévenir l’introduction du Varroa et le cas échéant sa propagation.

En mars 2015, c’est aux Seychelles que s’est rendu Olivier Esnault sous la coordination de la Seychelles Agricultural Agency. L’archipel est actuellement indemne de Varroa. À titre préventif, des formations aux risques sanitaires ont été dispensées aux apiculteurs. Enfin, en avril, c’est à Madagascar que s’est rendu l’expert où les enquêtes ont pu être réalisées dans la capitale, à Tamatave, à Mahajunga afin d’évaluer l'état en 2015 de la dispersion du varroa sur la grande île en 2015.  Un travail complet avait déjà été réalisé par Henriette Rasolofoarivao en 2013 dans le cadre de sa thèse réalisée en cotutelle avec l’Université de La Réunion et celle d'Antananarivo afin d’y mesurer la distribution du parasite depuis sa première description en 2010[6].

Recherche de maladies véhiculées par le varroa

Lors des enquêtes, des prélèvements d'abeilles ont été réalisés sur les couvains (larves), les abeilles d’intérieur (plus jeunes) et les butineuses (généralement plus âgées) sur l’ensemble des ruches de la région. Ces échantillons ont été soumis à des analyses moléculaires permettant de caractériser l’état de santé des abeilles à un instant donné, c'est à dire la prévalence des différents agents pathogènes. Ils permettront également de connaître la diversité génétique des agents pathogènes véhiculés par le varroa, à savoir les bactéries (loques américaines et européennes), les champignons (nosémoses) et les virus (six sont recherchés) et de définir l’âge à laquelle les abeilles développent le plus les maladies.

Des protocoles pour l’identification des virus sont en cours d’élaboration afin d’obtenir des résultats fiables,ceux utilisés en Europe s’étant montrés peu adaptés compte-tenu des spécificités régionales. Dans l’attente des résultats de l’étude, cette mission a déjà permis de poser les bases d’un réseau d’épidémiosurveillance des maladies des abeilles basé sur des méthodes et outils normalisés. Ce réseau permettra à la fois de prévenir l’introduction du Varroa dans les îles actuellement indemnes tout en assurant la surveillance et la gestion du parasite au sein des îles où il sévit déjà.


[1] Article sur la diversité des abeilles dans l'océan Indien

[2] Henriette Rasolofoarivao, Johanna Clémencet, Lala Harivelo Raveloson Ravaomanarivo, Dimby Razafindrazaka, Bernard Reynaud, Hélène Delatte, Spread and strain determination of Varroa destructor (Acari: Varroidae) in Madagascar since its ?rst report in 2010, Experimental and Applied Acarology,Vol. 59, Numbers 1-2, 2013  www.apiculture.com

[3] www.agriculture-biodiversite-oi.org

[4] Elargissement et Pérennisation du Programme Régional de Protection des Végétaux

[5] Depuis janvier 2009, Animal Risk, véritable réseau d’actions et de veille sanitaire,lutte contre les maladies animales émergentes dans le sud-ouest de l’océan Indien.  www.animalrisk-oi.org

[6] Typage génétique et distribution  de l’ectoparasite Varroa destructor  (Acari:Varroidea) à Madagascar depuis sa première description en 2010  http://publications.cirad.fr

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