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Étude écologique des mouches des fruits aux Comores : la lutte continue

Rédigé par Jaëla Devakarne Modifié le

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  • Mouches des fruits sur agrumes © Inrape - Issa Mze Hassani

Détectée en 2005 sur l’archipel des Comores, la mouche des fruits Bactrocera invadens (ou dorsalis) fait peser une menace considérable sur les cultures fruitières comoriennes.  Afin de contrôler les populations de ce ravageur, un programme de lutte biologique a été lancé aux Comores en 2013.

Réalisés dans le cadre de la thèse de l’entomologiste Issa Mze Hassani, ces travaux vont permettre de caractériser le comportement des espèces de mouches des fruits en présence afin de préparer l’introduction d’un ennemi naturel du ravageur, la microguêpe Fopius arisanus. Présentation des résultats intermédiaires.

Réintroduire un ennemi naturel pour réguler les populations de mouches des fruits

Afin de diminuer leur impact sur les cultures fruitières aux Comores, un programme de lutte biologique contre les mouches des fruits a été lancé en 2013[1] dans le cadre du programme ePRPV[2]. Il vise à mieux connaître la biologie et l’écologie des Tephritidae (famille de mouches des fruits) présentes dans l’archipel afin d’y introduire l’un de leurs ennemis naturels, une microguêpe appelée Fopius arisanus. En effet, lorsque des organismes nuisibles pénètrent dans un nouveau territoire, souvent par le biais de produits végétaux importés, ils peuvent se multiplier sans freins du fait de l’absence de leurs prédateurs naturels.

F. arisanus est un parasitoïde, c’est-à-dire qu’il provoque la mort de l’hôte qu’il infecte. Il est de ce fait utilisé comme auxiliaire de lutte afin de contrôler les mouches des fruits dans une démarche d’agriculture durable. Il a été importé en 2003 de Hawaii à La Réunion où des études menées par les équipes du Cirad[3] ont permis d’en faire un agent de lutte biologique efficace. Peu spécialisé, il s’attaque à toutes les espèces de mouches des fruits selon un taux de parasitisme variable, allant jusqu’à 70-80% dans des conditions favorables liées au climat et au type de plantes-hôtes. Pour préparer l’introduction de F. arisanus sur l’archipel des Comores, caractériser les conditions écologiques de développement des mouches des fruits sur le territoire constitue un prérequis.

Ces travaux sont menés par l’entomologiste Issa Mze Hassani dans le cadre de sa thèse, réalisée au sein de l’UMR PVBMT[4] en partenariat avec l’INRAPE[5]. Ils ont permis la création d’un réseau de surveillance et de prévention à l’échelle de l’archipel, reposant sur plusieurs sites situés à la Grande Comore, à Anjouan et à Mohéli, à partir desquels sont réalisés des suivis hebdomadaires de mouches des fruits en vergers pilotes.

Caractérisation des plantes-hôtes des mouches des fruits et fluctuations saisonnières

L’étude s’articule autour de trois grands objectifs. Le premier a consisté à inventorier, cartographier et à définir la gamme de plantes-hôtes des espèces de mouches des fruits dans les trois îles de l'archipel des Comores. À cette fin, un échantillonnage a été réalisé par piégeage grâce à des attractifs sexuels et alimentaires de 2013 à 2015. D’autre part, 170 échantillons composés de 40 fruits et légumes cultivés ou sauvages ont été prélevés sur les trois îles, majoritairement à la Grande Comore.

Collectes de fruits et émergence des pupes © Inrape - Issa Mze Hassani
Collectes de fruits et émergence des pupes

Les résultats mettent en évidence la présence prédominante de Bactrocera invadens, aussi appelée B. dorsalis, sur l’ensemble des îles de l’archipel. Concernant les plantes-hôtes, la plus forte densité de ravageurs se retrouve sur le badamier, plante réservoir qui permet à l’espèce de se multiplier. Parmi les plantes cultivées, la goyave, la goyave de Chine, le manguier et le cythère - connu sous le nom de sakoua aux Comores ou de zévi à La Réunion – sont les plus attaqués. L’espèce Ceratitis capitata, aussi appelée mouche méditerranéenne des fruits, a également été observée en quantité largement inférieure sur la goyave de Chine, le manguier et le piment. D’autres espèces de mouches des fruits ont été identifiées de manière anecdotique.

Inventaire, distribution et gamme de plantes-hôtes des mouches des fruits aux Comores © Inrape - Issa Mze Hassani
Inventaire, distribution et gamme de plantes-hôtes des mouches des fruits aux Comores

La deuxième étape a consisté à étudier la distribution et les fluctuations saisonnières des populations des différentes espèces de mouches des fruits en fonction des variables climatiques. Les premiers résultats montrent que les plus fortes densités de populations sont observées pendant la saison chaude et pluvieuse, principalement à la Grande Comore.

Inventaire des ennemis naturels des mouches des fruits et lâchers de parasitoïdes

La dernière étape de l’étude a consisté à inventorier les ennemis naturels, parasitoïdes et prédateurs, des mouches des fruits et à évaluer leur impact sur les populations de ravageurs. Quinze collectes ont été réalisées depuis 2015 par prélèvements ciblés. Les premiers résultats montrent la prédation des pupes des mouches des fruits au niveau du sol sans émergence de parasitoïdes. Des prédateurs actifs ont été identifiés à partir des pièges Pitfall dont des coléoptères et des fourmis.

Par ailleurs, de novembre 2013 à novembre 2014, quatre lâchers de F. arisanus ont été réalisés autour de Moroni à raison de 200 à 250 individus par site. La collecte ultérieure de fruits de badamiers n’a malheureusement pas abouti à l’émergence du parasitoïde. Ces résultats tendent à montrer que celui-ci ne s’est pas encore acclimaté dans l’archipel. De nouvelles introductions seront réalisées au milieu et à la fin de l’année 2015 à partir de cocons provenant des élevages de l’UMR PVBMT située à La Réunion. Les collectes de fruits et les piégeages se poursuivront afin de suivre l’acclimatation du parasitoïde ainsi que l’évolution des populations des espèces de mouches des fruits présentes.

En perspective, les chercheurs prévoient un élargissement de ce programme aux autres îles de l’océan Indien. Pour rappel, B. invadens a été détectée aux Seychelles en 2006, à Mayotte en 2007[6], à Madagascar en 2010 et à Maurice en mars 2013[7]. La Réunion est actuellement indemne du ravageur.

Pour en savoir plus :
•    Un programme de lutte biologique contre la mouche des fruits Bactrocera invadens aux Comores.
•    Issa Mze Hassani, entomologiste de l’INRAPE : "D’importants travaux de lutte contre les nuisibles doivent être réalisés aux Comores".
•    Connaître les populations de mouches des fruits pour les maîtriser.
•    Méthode de lutte contre Bactrocera invadens.
•    Mouches des fruits : que sait-on de ces ravageurs ?
•    Combiner les méthodes, sur la parcelle et sur l’île, pour réduire les populations de mouches des fruits.



[1] Un programme de lutte biologique contre la mouche des fruits Bactrocera invadens aux Comores.

[2] Elargissement et Pérennisation du Réseau Régional de Protection des Végétaux - www.e-prpv.org

[3] Fopius arisanus, le droit à l'erreur : spécificité parasitaire et sélection de l'hôte chez un parasitoïde ovo-pupal de mouches des fruits Tephritidae = Fopius arisanus - publications.cirad.fr/une_notice.php?dk=540359 Rousse P.. 2007. Saint-Denis : Université de La Réunion, 298 p.. Thèse de doctorat -- Biologie animale.

[4] Unité Mixte de Recherche (UMR) Peuplements Végétaux et Bio-agresseurs en Milieu Tropical (PVBMT) - www.umr-pvbmt.cirad.fr

[5] Institut National de Recherche pour l’Agriculture, la Pêche et l’Environnement des Comores.

[6] La mouche des fruits Bactrocera invadens détectée à Mayotte !

[7] La mouche des fruits "Bactrocera invadens / dorsalis" à l'île Maurice (Suite).

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