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Madagascar : le poivre sauvage en danger

Rédigé par Quentin Ceuppens Modifié le

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  • © V. Porphyre, Cirad

"Tsiperifery" est le nom donné au poivre sauvage endémique de Madagascar. Caché sous les feuillages des forêts malgaches, ce poivre a été longtemps utilisé par les populations locales, soit en condiment, soit dans la pharmacopée. Aujourd'hui, il fait l'objet d’une pression d'exploitation importante. Très prisé des grands gastronomes pour ses saveurs particulières, sa valeur ajoutée fait de lui un condiment d'exception... mais qui risque de disparaître.

Menaces sur l'écosystème

La liane du poivre sauvage pousse le long de tuteurs naturels. Elle s'enroule autour des arbres des forêts, profitant d'une luminosité et d'une hygrométrie idéale pour sa croissance. Autour de ces forêts, des populations se spécialisent d'août à décembre (période de cueillette) dans la récolte du poivre sauvage. Le marché a acquis en quelques années une telle importance que certaines familles payent aujourd'hui des salariés pour s'occuper de leurs champs, car la revente de ce poivre sauvage rapporte bien plus que tout autre produit de l'agriculture.

Les lianes des poivriers montent sur des tuteurs vivants d'environs 20 à 30 mètres de haut. Lors de la récolte des baies, la solution la plus simple est de couper l'arbre. Effet direct sur la faune et la flore, selon Frédéric Descroix, chercheur au Cirad (UMR QualiSud) : "il y a un effet immédiat de déforestation, ce qui crée des clairières avec une luminosité altérée, une hygrométrie plus réduite, et dans certains cas, la disparition d'espèces, dont le poivre sauvage lui-même. A ce rythme, la ressource pourrait disparaître à moyen échéance."

Une solution : domestiquer le poivrier sauvage

Dans le cadre du réseau QualiREG, les chercheurs du Cirad et de l'Université d'Antananarivo, travaillent aujourd'hui avec les populations locales sur des méthodes d’exploitation plus durables. L’idée est de mettre en culture certaines espèces de poivrier sauvages. « Domestiquer certaines espèces de poivrier sauvage permettrait de satisfaire le marché tout en préservant la ressource naturelle, car si le poivre est cultivé il n'y a aucune raison d'aller le chercher en forêt », explique Frédéric Descroix.  Une fois les différentes espèces de poivrier sauvage de Madagascar identifiées, il s’agirait de sélectionner l’espèce la plus intéressante à cultiver, puis mettre en place un itinéraire technique adapté avec les populations locales. Objectif : produire un poivre sauvage typique de Madagascar.

A terme, il semble donc que la domestication et la mise en culture du Tsiperifery soient une solution durable, évitant l’exploitation et donc la disparition des poivriers sauvages en milieu naturel.

Parallèlement, une expérience similaire est menée sur l’île Bourbon avec l’espèce de la Réunion, Piper borbonense. « Les espèces de poivrier sauvage et les sols étant différents entre la Réunion et Madagascar, le poivre obtenu aura fort probablement des caractéristiques distinctes. Ces deux produits typiques de chaque territoire pourront cependant bénéficier de programmes de recherche communs dans l’esprit de co-développement du réseau QualiREG », précise Frédéric Descroix.

Pour en savoir + : http://www.qualireg.org/mediatheque/rapports_de_synthese/menace_sur_le_poivre_sauvage

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