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Bilan et formation au contrôle des plantes exotiques envahissantes aux frontières

Rédigé par Karine Payet-Lebourges Modifié le

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Du 8 au 10 août 2018 à Tananarive, Madagascar, s'est tenu un atelier régional de biosécurité pour la formation au contrôle des plantes exotiques envahissantes aux frontières.

Une dizaine de participants, qui provenaient en particulier des services de douanes ou de contrôle phytosanitaire à travers les 5 pays membres de la Commission de l'Océan Indien (COI), ont fait un bilan des réglementations et outils de contrôle aux frontières pour lutter contre l'introduction de plantes exotiques envahissantes.

Les objectifs de l’atelier étaient de faire un état des lieux des différents textes juridiques ainsi que leur mise en œuvre par les agents douaniers et phytosanitaires aux frontières en termes de gestion de plantes exotiques potentiellement envahissantes. Cet atelier a en outre permis de former ces agents aux frontières sur des éléments juridiques, autant régionaux qu’internationaux, et environnementaux pour mieux faire face à une importation intentionnelle ou non-intentionnelle de plantes exotiques potentiellement envahissantes. Les participants furent amenés à discuter et comparer les moyens techniques, humains et réglementaires de contrôle aux frontières dans leurs pays respectifs, leurs points forts et leurs points faibles.

« Dans tous les pays sauf les Seychelles, les services de douanes et les services de contrôle phytosanitaire travaillent séparément. Les premiers relèvent du ministère des finances et les seconds du ministère de l’environnement. Les douaniers, qui ont généralement un peu plus de moyens, sont en charge de faire des contrôles inopinés. Les agents de contrôle phytosanitaire délivrent les permis d’importation et font des contrôles aléatoires du FRET pour vérification de la conformité des produits d’importation avec les permis. Mais de manière générale, les moyens de contrôle sont insuffisants, certains pays devant composer avec un manque cruel d’équipement, et les connaissances sur les espèces exotiques limitées ou inexistantes. La situation aux Seychelles est tout à fait différente. Là-bas, les deux services coopèrent au sein d’un service unique. Les agents ont de gros moyens technologiques et une bonne connaissance des enjeux. », résume Cathleen Cybèle, postdoctorante à l’Université de la Réunion.

De manière générale, les agents avaient une bonne connaissance des organismes nuisibles, mais une connaissance encore faible ou nulle des espèces exotiques envahissantes. Il y a 10 ans, une initiative similaire avait en effet permis à Ronald Manikom, inspecteur phytosanitaire de la DAAF Réunion, de former douaniers et inspecteurs phytosanitaires sur les organismes nuisibles. Dix ans après, il est évident que cette formation avait porté ses fruits. Aujourd’hui, s’ajoute les enjeux posés par les espèces exotiques envahissantes, ces espèces qui une fois introduites dans un environnement prolifèrent et ont des impacts économiques, sanitaires et environnementaux divers, souvent très coûteux et toujours graves sur les habitats envahis voire pour la santé humaine.

L’atelier a donc commencé par sensibiliser les participants à l’enjeu des invasions biologiques en se focalisant sur les plantes uniquement. Il s’est basé sur un rappel des résultats d’un autre atelier régional de biosécurité, tenu en septembre 2017, où d’autres types d’experts avaient discuter l’identification, la surveillance et la gestion des plantes exotiques envahissantes dans les 5 pays de la COI. Cathleen Cybèle et Chantal Andrianarivo de la COI ont présenté le contexte, la liste régionale des 414 espèces exotiques envahissantes, la charte de bonnes conduites et l’analyse réglementaire issus de ce premier atelier, au grand intérêt des inspecteurs douaniers et phytosanitaires.

Bien que sur l’agenda international depuis au moins 2010 (voir l’ Objectif d’Aichi n°9), la problématique des espèces exotiques envahissantes pour les contrôles aux frontières n’est devenue contraignante sur un plan national que tout récemment. En France, par exemple, la première instruction technique pour les douaniers sur ce thème date de février 2018. L’atelier s’est donc poursuivi par une formation animée par Ronald Manikom et a conclu sur la formulation de plusieurs recommandations, telles que :

  • Assurer un lobbying auprès des dirigeants pour faire avancer ou pour améliorer les services et outils de contrôle phytosanitaire
  • Poursuivre la formation des inspecteurs phytosanitaires et de la douane sur les organismes nuisibles de quarantaine et les espèces exotiques envahissantes
  • Développer une aide inter-régionale pour renforcer les capacités financières et techniques, y compris informatiques pour la logistique, en particulier au bénéfice de Madagascar et de l’Union des Comores
  • Mobiliser les financements (UE, COMESA, SADC, COI, PNUD)
  • Développer la collaboration interministérielle pour assurer une plus fort cohésion entre les douanes et les services phytosanitaires (tel que pratiqué aux Seychelles)
  • Harmoniser les formats des certificats phytosanitaires pour la région en ayant recours à la norme internationale (CIPV/IPPC)

Organisateurs

L’atelier sur le contrôle aux frontières a été organisé dans le cadre du programme FED Biodiversité de la COI et du projet InterReg V EpiBio-OI du réseau RRPV coordonné par le Cirad.

L’atelier de septembre 2017 a été organisé par le Cirad à travers le projet EpiBio-OI et le programme Biodiversité de la COI, avec la collaboration du projet Invaz’Iles coordonné par l’UICN.

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